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Raul Marchisio, « Le Professeur » : du rallye de haut niveau aux supercars de Monaco

Le 13 novembre 2025 , mis à jour le 13 novembre 2025 - 14 minutes de lecture
raul marchisio
Rallyes touristiques pour GT et SuperCars

Il arrive que certaines trajectoires résument à elles seules une époque de l’automobile. Celle de Raul Marchisio, surnommé « Le Professeur », en fait partie. Ancien pilote de rallye pour Lancia, Audi ou Renault, désormais figure incontournable de la scène des voitures de collection et des supercars à Monaco avec son garage RM Autosport, il incarne une forme de continuité entre l’âge d’or du rallye des années 80-90 et le nouvel univers de l’automobile de luxe, médiatisé par les réseaux sociaux et les influenceurs. (brm-chronographes.com)

Loin d’être un simple vendeur de voitures rares, Marchisio est devenu un personnage : conteur d’histoires, ambassadeur d’un certain art de vivre automobile, et passerelle vivante entre la culture du rallye « à l’ancienne » et l’esthétique des hypercars alignées sur le Rocher.

Un destin qui commence dans un taxi, quelque part dans le Piémont

La biographie de Raul Marchisio a tout d’un scénario de film italien. Né en 1969 dans le Piémont, il vient au monde… dans un taxi, en route vers l’hôpital. Le symbole est facile, mais révélateur : la vitesse et la voiture s’invitent dès la première minute de sa vie. (Navabi)

Dans cette région industrielle prospère, à quelques encablures de Turin, les automobiles populaires, Fiat 500, 127, côtoient les légendes de compétition. La mère de Raul aime conduire vite, le père travaille dur, et l’enfant se fraye un chemin dans cet environnement modeste mais fortement motorisé. Très tôt, il assemble des voitures radiocommandées, qu’il fait dériver entre la cuisine et la salle à manger, préfigurant un goût pour la glisse contrôlée qui deviendra sa signature.

Il n’aime guère l’école. À 12-13 ans, il préfère travailler sur les marchés pour gagner de quoi financer ses rêves de pilotage. Nous ne sommes pas dans le cliché du « fils de pilote » ; plutôt dans celui, très italien, de l’autodidacte obstiné qui se fabrique une carrière à force de débrouille, de kilomètres et de volonté.

Karting, premiers podiums et apprentissage de la débrouille

Comme pour beaucoup de pilotes, tout commence vraiment avec le karting. Marchisio économise, convainc son père de l’aider à acheter un kart, et s’entraîne sur le circuit de Mondovi. Le récit qu’il fait de ces années ressemble à un manuel de survie pour passionné sans moyens : trajets en scooter pour aller rouler, pneus d’occasion, premiers sponsors improvisés, et surtout une succession de victoires qui finissent par attirer l’attention des responsables sportifs. (Annonces-Automobile)

Intégré au Club Azzurro, l’équipe italienne de karting, il découvre la compétition structurée, les championnats nationaux et quelques manches internationales. Mais déjà, son regard se tourne vers ailleurs. Ce qui l’attire, ce n’est pas la monoplace « académique », mais le rallye, discipline plus populaire, plus ouverte, où l’on peut encore – à cette époque – bricoler sa voiture avec quelques amis, monter un budget, et rêver.

Ce choix dit quelque chose de sa personnalité, mais aussi d’un moment de l’histoire du sport automobile : les années 80-90 où le rallye reste un sport de route, enraciné dans les territoires, moins formaté que le circuit, et où un jeune pilote talentueux peut se faire remarquer dans une Opel Corsa ou une Fiat Uno Turbo, sans passer par les filières officielles les plus coûteuses.

Fiat Uno Turbo, Lancia et l’âge d’or du rallye italien

En 1987, Raul Marchisio dispute son premier rallye au volant de l’Opel Corsa de sa mère. Deux ans plus tard, il passe à la Fiat Uno Turbo, la petite bombe qui sert de tremplin à toute une génération de pilotes italiens. Avec quelques copains, beaucoup d’ingéniosité et peu de moyens, il prépare une voiture compétitive. Les résultats suivent : titre régional, victoires de classe, style de pilotage jugé « impossible » ou « dangereux » par certains, mais redoutablement efficace chronomètre en main. (Annonces-Automobile)

Ce contraste est typique de l’époque : d’un côté les discours prudents, de l’autre la réalité des spéciales, où l’on juge un pilote sur son temps. Marchisio s’impose, au point de devenir, en 1990, à 21 ans, le plus jeune pilote d’usine Lancia. Il court d’abord avec la Uno Turbo, puis avec la Lancia Delta, l’une des voitures les plus emblématiques du rallye moderne. (Annonces-Automobile)

Le symbole est fort. Lancia, alors au sommet en Championnat du monde des rallyes, représente pour un pilote italien ce que Ferrari incarne sur circuit : la consécration nationale. Pour Marchisio, c’est l’accès à un autre monde : celui des tests d’usine, des équipes structurées, des ingénieurs, des Delta groupe A et groupe N qui écrivent l’histoire de la discipline.

Dans ces années-là, il découvre :

  • les longues spéciales de plus de 40 ou 50 km où la concentration prime sur tout,
  • l’alternance terre/asphalte qui use les pneus et les nerfs,
  • la culture du chronomètre comme arbitre absolu,
  • et la camaraderie parfois rude mais réelle des parcs d’assistance.

Après Lancia (1991-1992), il pilotera aussi pour Audi puis Renault, confirmant ce statut de professionnel installé dans le paysage du rallye européen. (brm-chronographes.com)

Un accident, une rivière et 62 points de suture : le tournant de 1996

La bascule se produit en janvier 1996. Sur la route entre Monaco, où il réside déjà, et Monza, Marchisio a ce qu’il qualifie lui-même « d’accident stupide » : une manœuvre qui tourne mal sur une aire de repos, la voiture qui bascule dans un ravin, l’avant planté dans une rivière. Il restera plus d’une heure coincé avant l’arrivée des secours. À l’hôpital, on lui recoud littéralement la tête : 62 points de suture. Le reste du corps est relativement épargné, mais la vue est touchée : son champ visuel chute à 15 %, nécessitant une longue rééducation. (Annonces-Automobile)

Cette scène, presque banale comparée aux gros crashs de course, illustre une vérité souvent oubliée : dans le sport automobile comme dans la vie, ce ne sont pas toujours les spéciales les plus rapides qui changent un destin, mais parfois un simple parking d’autoroute.

La conséquence est implacable : plus de licence possible au niveau où il évoluait. Marchisio doit arrêter la compétition. Le pilote laisse la place à l’homme, au père de famille qui doit réinventer sa vie professionnelle.

RM Autosport : un garage monégasque devenu théâtre des supercars

C’est là qu’apparaît RM Autosport, le garage que Raul Marchisio crée à Monaco à l’origine pour gérer sa carrière et ses activités annexes. L’histoire raconte qu’il ne voulait pas spécialement vendre des voitures. Il saisit une opportunité de local bien placé, demande à des amis de déposer quelques autos dans le showroom, le temps de « voir ce qu’il pourrait en faire ». Les clients, eux, ne se posent pas tant de questions : ils entrent, regardent, et commencent… à acheter. (Navabi)

Très vite, il comprend que les voitures de sport et de collection offrent un potentiel bien supérieur aux modèles ordinaires. Marchisio applique au commerce les réflexes appris en rallye :

  • flair pour la bonne trajectoire, ici transposé au bon achat,
  • capacité à lire rapidement une situation, un vendeur, une provenance,
  • travail acharné, réseau cultivé au fil des années.

Surtout, il adopte une logique simple : n’acheter que des voitures qui le font rêver. RM Autosport devient alors bien plus qu’un garage : un cabinet de curiosités mécaniques, où les Ferrari F40 et F50 oubliées dans une ferme de montagne côtoient Lancia Delta de rallye, Porsche rares ou autres icônes. (Navabi)

Pour un client, venir chez Marchisio, ce n’est pas entrer chez un marchand anonyme, mais chez un ancien pilote qui a roulé ces voitures, qui en connaît les histoires, et qui assume le plaisir de les garder un peu avant de s’en séparer – parfois à regret.

Immersion au cœur de sa collection de supercars avec

Dans l’intimité de son garage monégasque, un échange entre Raul et GMK illustre parfaitement la manière dont le préparateur vit la mécanique : sans mise en scène, sans rhétorique inutile, mais avec cette franchise directe qui fait partie de son identité.

Ensemble, ils parcourent les voitures comme on parcourrait une bibliothèque personnelle, chaque modèle devenant un prétexte à raconter une anecdote, une époque ou un choix technique précis. On y remarque la complicité entre les deux hommes : GMK apporte son regard de créateur habitué au langage des réseaux sociaux, quand Raul réintroduit profondeur, mémoire et savoir-faire.

Cette confrontation de registres, l’immédiateté du numérique face à la culture mécanique patinée par les années, révèle un Raul Marchisio à la fois pédagogue, passionné et ancré dans une tradition où l’automobile reste une affaire d’histoires humaines autant que de performances.

Un marché de niche devenu empire économique

Avec le temps, RM Autosport Monaco s’impose comme une adresse de référence pour les supercars, voitures de collection et modèles de rallye historiques. Marchisio développe une clientèle internationale, souvent discrète mais fidèle, faite de passionnés, d’entrepreneurs, de pilotes et de collectionneurs.

Selon certaines estimations, la valeur cumulée de ses activités, garage, autos d’exception, immobilier, placerait aujourd’hui son patrimoine autour de plusieurs dizaines de millions de dollars, preuve que la passion n’empêche pas la rigueur économique quand elle est encadrée par le travail et une vision à long terme. (Navabi)

Mais l’important est ailleurs : à Monaco, territoire où le luxe peut parfois virer à la caricature, Marchisio propose une version plus incarnée de ce milieu. On vient chez lui autant pour une F40 que pour une conversation, une anecdote sur un rallye d’antan ou une Delta d’usine croisée trente ans plus tôt sur une spéciale grecque.

De la spéciale chronométrée à la story Instagram : un « Professeur » à l’ère des réseaux

La singularité de Raul Marchisio, aujourd’hui, tient aussi à sa capacité à embrasser le monde numérique sans renier ses racines. Avec des centaines de milliers d’abonnés sur Instagram, il est devenu une figure populaire de la culture automobile en ligne, reconnu pour ses vidéos de glisse maîtrisée, ses donuts en supercar, ses séquences de drift au volant de machines qui, pour d’autres, resteraient figées dans un garage climatisé. (Instagram)

Ce succès n’est pas anodin. Il témoigne de l’évolution de l’automobile dans l’imaginaire collectif :

  • autrefois réservée aux magazines spécialisés et aux retransmissions télévisées,
  • aujourd’hui mise en scène en temps réel sur les réseaux,
  • avec des personnages comme lui, situés à la frontière entre pilote, collectionneur, showman et storyteller.

Marchisio a très tôt compris que l’automobile ne se consomme plus seulement sur le bitume, mais aussi sur un écran. Là où certains anciens pilotes restent en retrait, lui choisit le partage : il accueille les influenceurs (GMK, Sébastien Delanney, entre autres), participe à des vidéos, raconte ses souvenirs, explique ses trajectoires, et se prête volontiers au jeu de la caméra. (Facebook)

Le surnom de « Professeur » prend alors tout son sens : il démontre, explique, vulgarise, sans jamais perdre le sourire. Sa pédagogie passe par l’émotion, mais repose sur des décennies d’expérience.

Une figure de la culture automobile contemporaine

En filigrane, Raul Marchisio incarne un mouvement plus large : la transition d’une culture automobile purement sportive vers une culture récréative et patrimoniale.

Hier, il jouait le classement, la performance, les titres régionaux, les programmes d’usine. Aujourd’hui, il orchestre des rencontres entre :

  • des voitures mythiques (Porsche Carrera GT, Lancia Delta Gr.A, supercars modernes),
  • des événements prestigieux (Top Marques Monaco, rassemblements, rallyes touristiques),
  • et un public mêlant jeunes abonnés des réseaux sociaux, collectionneurs chevronnés et simples curieux.

Son parcours résume cette bascule :

  1. L’Italie industrielle et populaire : enfance dans le Piémont, karting financé par les marchés, père sceptique mais travailleur, mère passionnée de vitesse.
  2. L’âge d’or du rallye : Uno Turbo, Lancia Delta, Audi, Renault, longues spéciales, équipes d’usine, héros des années 90.
  3. La reconversion monégasque : RM Autosport, commerce d’autos d’exception, réseau international, aventures rocambolesques autour de Ferrari oubliées dans une grange.
  4. L’ère numérique : Instagram, vidéos virales, collaborations avec influenceurs, rôle de passeur entre générations.

Dans un monde où l’automobile est parfois réduite à des débats de normes, de CO₂ et de ZFE, Marchisio rappelle que la voiture reste aussi un objet de culture, d’émotion, de mémoire. Non pas en opposition aux enjeux environnementaux, mais comme témoignage d’une période passée, que l’on conserve, restaure et met en scène, plutôt qu’on ne reproduit à l’identique.

Une philosophie de vie : la passion comme ligne de conduite

Au-delà des chiffres, des voitures et des podiums oubliés, ce qui frappe chez Raul Marchisio, c’est la joie qu’il met à raconter son histoire. Il revendique une vie « généreuse », faite de travail, de chance assumée, d’erreurs aussi, et de choix guidés par la famille autant que par la passion. (Annonces-Automobile)

Quand on lui propose de revenir en rallye à la fin des années 90, il consulte ses filles. Les larmes de l’une d’elles suffisent à trancher : il renonce à la compétition pour ne pas rejouer sa vie, et la leur, à la loterie du risque. Là encore, on retrouve l’ancienne logique du rallye : savoir lever le pied au bon moment.

Aujourd’hui, il se décrit volontiers comme « l’homme le plus heureux du monde », non parce qu’il aligne les voitures exceptionnelles, mais parce qu’il estime avoir fait ce qu’il aimait presque toute sa vie, sans céder ni sur la passion, ni sur la relation aux autres. (Navabi)

Raul Marchisio, un personnage à part dans le paysage automobile

Au final, qui est Raul Marchisio pour l’automobile d’aujourd’hui ?

  • Un ancien pilote de rallye qui a connu de l’intérieur l’une des périodes les plus denses de la discipline.
  • Un marchand d’autos d’exception qui a contribué à faire de Monaco l’un des épicentres du marché des supercars et des voitures de collection.
  • Un communicant naturel, à l’aise devant la caméra, capable de parler aux passionnés comme aux néophytes.
  • Et, plus largement, une figure culturelle qui raconte, à travers sa trajectoire, l’évolution du rapport aux voitures : de l’outil de performance à l’objet de patrimoine, de la spéciale chronométrée au reel Instagram.

Son histoire, faite de drift, de Delta, de Piémont et de Rocher monégasque, dit quelque chose de notre époque : celle d’un monde automobile qui ne se contente plus d’aller vite, mais qui cherche aussi à se raconter.

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