Route des Grandes Alpes : traverser les sommets au volant (mai-octobre)
Chaque année, lorsque la neige se retire et que l’asphalte réapparaît sur les pentes alpines, renaît le même désir : prendre la route, passer les cols un à un, et laisser défiler les virages comme autant de pages d’un récit de montagne. La route des grandes alpes n’est pas seulement un itinéraire touristique : c’est une mise en scène de la haute montagne pour l’automobiliste, un long ruban de bitume qui raconte à la fois l’histoire de l’aménagement du territoire, l’essor du tourisme et notre rapport changeant à la voiture. Au volant, on ne traverse pas seulement des paysages, on traverse aussi une certaine idée de la modernité, patiemment gravée dans la roche depuis plus d’un siècle.
La Route des Grandes Alpes : un itinéraire légendaire
Un fil conducteur entre lac et mer
La route des grandes alpes relie Thonon-les-Bains, au bord du lac léman, à Nice, sur la côte d’azur, sur environ 720 km. Elle enchaîne 26 cols, dont 7 culminent au-delà de 2 000 m, pour un total de près de 18 000 m de dénivelé. Cette succession de montées et de descentes n’est pas un simple exercice de style : elle matérialise l’ambition d’ouvrir les vallées enclavées, de relier les villages d’altitude aux grandes villes et de transformer les alpes en un vaste territoire accessible.
Dès les premiers kilomètres, le conducteur perçoit que cette route n’est pas une départementale comme les autres. Elle a été pensée comme un itinéraire cohérent, une sorte de colonne vertébrale des alpes françaises. Chaque col franchi est un chapitre, chaque vallée une respiration. On quitte progressivement les rives du lac, on s’élève dans les forêts, puis les alpages, avant de toucher le monde minéral où la végétation se fait rare et le ciel plus proche.
Une création du tourisme automobile naissant
Conçue à l’initiative du touring club de france au début du XXe siècle, la route des grandes alpes est le produit direct de l’essor du tourisme automobile. À une époque où l’auto est encore un objet de curiosité, bâtir un itinéraire traversant la chaîne alpine est un geste politique et symbolique : il s’agit de montrer que la montagne n’est plus réservée aux alpinistes et aux muletiers, mais qu’elle devient accessible à ceux qui osent prendre le volant.
Les routes utilisées ont été construites à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, souvent à grands renforts de dynamite et de murs de soutènement. Elles témoignent d’un temps où l’on traçait la route au plus près du relief, en épousant ses contraintes plutôt qu’en les contournant par de longs tunnels. Pour l’automobiliste d’aujourd’hui, cela se traduit par :
- Des lacets serrés qui obligent à conduire avec précision et anticipation
- Des points de vue spectaculaires, sans filtre, parfois au bord du vide
- Une perception directe de la pente, du dénivelé et de la fragilité des infrastructures
Un mythe partagé par automobilistes, motards et cyclistes
La route des grandes alpes est devenue un rite de passage pour plusieurs tribus de passionnés : automobilistes, motards et cyclistes. Chacun y projette sa propre quête. Pour les uns, c’est l’occasion de tester la capacité de leur voiture à enchaîner les lacets, de jauger un châssis, un freinage, une boîte de vitesses. Pour d’autres, c’est un défi sportif, une manière de se mesurer à des cols rendus célèbres par le cyclisme et le tour de france.
Cette cohabitation crée une ambiance particulière, faite de respect mutuel et de vigilance. Sur ces routes étroites et parfois exposées, la courtoisie n’est pas un supplément d’âme, mais une condition de fluidité. On s’écarte pour laisser passer un cycliste dans une rampe à 8 %, on lève le pied pour ne pas surprendre un motard en pleine trajectoire, on attend une zone dégagée pour dépasser. La route devient un espace partagé où chacun doit adapter son rythme.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Longueur totale approximative | 720 km |
| Nombre de cols franchis | 26 |
| Cols au-dessus de 2 000 m | 7 |
| Dénivelé cumulé | Environ 18 000 m |
| Col le plus bas | Col d’Èze (507 m) |
| Col le plus élevé | Col de l’iseran (2 764 m) |
Avant de se lancer dans ce ruban de virages et de panoramas, un minimum de préparation s’impose, tant pour le conducteur que pour la machine : c’est là que commence le travail de planification.
Planifier son voyage sur la Route des Grandes Alpes
Choisir le bon sens de parcours
La route des grandes alpes se parcourt traditionnellement du nord au sud, de Thonon-les-Bains vers Nice. Ce choix permet de débuter en douceur, de se familiariser avec la conduite en montagne avant d’attaquer les cols les plus élevés. Descendre vers la méditerranée offre aussi une progression presque cinématographique : on quitte progressivement l’univers alpin pour rejoindre la lumière de la côte.
Cependant, rien n’interdit de faire le trajet dans l’autre sens. Remonter depuis la mer vers les sommets a sa propre logique :
- On commence par des routes souvent plus fréquentées, mais moins engagées en termes de dénivelé
- On termine par les grands cols, quand on est déjà rodé à la conduite en montagne
- On bénéficie parfois de conditions météo plus stables le matin en altitude
Le sens du parcours influe sur la fatigue, la gestion du temps et la perception des paysages. Il mérite d’être réfléchi en fonction de son expérience et de ses envies.
Découper l’itinéraire en étapes réalistes
Sur le papier, 720 km peuvent sembler modestes. En réalité, la route des grandes alpes se savoure à un rythme lent. Entre les épingles, les arrêts photos, les pauses dans les villages et les possibles travaux, la moyenne horaire s’effondre. Il est raisonnable de prévoir :
- 4 à 7 jours pour parcourir l’ensemble de l’itinéraire en voiture ou en moto
- Des étapes journalières de 120 à 200 km maximum
- Des marges de manœuvre pour affronter la météo ou profiter d’une randonnée imprévue
Découper son voyage, c’est aussi accepter de ne pas tout voir. Mieux vaut approfondir quelques secteurs que de tout survoler. Une étape courte permet de :
- Prendre le temps de marcher jusqu’à un lac d’altitude
- Visiter un village, un musée ou une fromagerie
- Arriver à l’hébergement avant la nuit, ce qui est précieux sur ces routes sinueuses
Intégrer météo, travaux et événements sportifs
La haute montagne impose ses règles. Même en plein été, certains cols peuvent fermer temporairement à cause de la neige, du verglas ou d’éboulements. Les cols de l’iseran et du galibier sont particulièrement concernés, avec des fermetures déjà constatées pour cause d’éboulements. À cela s’ajoutent les travaux de sécurisation et les feux de circulation qui peuvent rallonger sensiblement les temps de parcours.
Un autre paramètre à surveiller est le tour de france. En juillet, certaines étapes empruntent les mêmes routes ou les mêmes cols, entraînant :
- Des fermetures ponctuelles de routes
- Une forte affluence de spectateurs et de véhicules d’assistance
- Des difficultés de stationnement dans les villages-étapes
| Élément à surveiller | Impact potentiel | Conseil pratique |
|---|---|---|
| Météo en altitude | Neige, brouillard, vent fort | Consulter les bulletins locaux avant chaque grande montée |
| Travaux et éboulements | Fermetures partielles, feux de chantier | Vérifier les sites d’information routière régionaux |
| Étapes du tour de france | Routes fermées, trafic dense | Adapter les dates ou contourner les secteurs concernés |
Une fois le voyage posé sur la carte et les contraintes identifiées, il reste à se pencher sur ce qui fait le sel de l’itinéraire : les grands cols qui structurent cette traversée.
Les cols emblématiques à ne pas manquer
Le col de l’Iseran : toit routier des Alpes françaises
Avec ses 2 764 m d’altitude, le col de l’iseran est le point culminant de la route des grandes alpes. C’est aussi l’un des plus emblématiques, tant pour les automobilistes que pour les cyclistes. La route y tutoie la haute montagne, avec un paysage minéral où la neige persiste parfois en lisière de bitume, même en plein été.
Gravir l’iseran, c’est accepter une météo parfois changeante, des températures fraîches et une route qui demeure fragile. Les épisodes d’éboulements rappellent que la montagne reste vivante et que l’infrastructure doit sans cesse être entretenue. Pour l’automobiliste, cela impose :
- Une vigilance accrue sur l’état de la chaussée
- Une gestion fine de la mécanique en montée comme en descente
- Une attention particulière aux cyclistes, nombreux sur ce secteur
Galibier, Izoard, Vars : les cols du roman cycliste
Certains noms de cols résonnent comme des chapitres d’un roman sportif. Le galibier, l’izoard, vars sont associés à des exploits de coureurs, à des étapes dantesques, à des images de pelotons étirés dans la pente. Pour l’automobiliste, ces cols offrent une immersion dans ce décor de légende, à un autre rythme.
On y retrouve :
- Des ramps soutenues où le moteur travaille en permanence
- Des paysages contrastés, alternant forêts, alpages et zones quasi désertiques
- Des monuments, stèles ou panneaux rappelant les grandes heures du cyclisme
Rouler sur ces routes, c’est aussi prendre conscience de la dimension physique de la montagne. Là où le cycliste lutte contre la pente, le conducteur doit gérer la température des freins, la motricité et la trajectoire. La difficulté change de nature, mais elle demeure.
Des cols plus modestes mais tout aussi attachants
À côté de ces géants, des cols plus modestes comme le col d’Èze, qui ne culmine qu’à 507 m, jouent un rôle essentiel dans la dramaturgie de la route. Situé à l’approche de la côte d’azur, il marque le passage symbolique entre montagne et mer. Les lacets y sont plus serrés, la végétation plus méditerranéenne, la lumière plus dure.
Ces cols de moindre altitude offrent souvent :
- Des points de vue spectaculaires sur la mer ou les vallées
- Une conduite plus fluide, moins contrainte par les conditions météo
- Des villages perchés où il est agréable de faire halte
| Col | Altitude | Particularité |
|---|---|---|
| Col de l’iseran | 2 764 m | Point culminant de la route, paysage très minéral |
| Col du galibier | Environ 2 640 m | Col mythique du cyclisme, panorama à 360° |
| Col d’Èze | 507 m | Portail d’entrée sur la côte d’azur |
Pour profiter pleinement de ces cols, il ne suffit pas d’avoir une bonne voiture ou une moto en forme : il faut aussi préparer son séjour dans sa globalité, de l’équipement à la gestion du temps.
Conseils pour un séjour réussi le long de l’itinéraire
Préparer son véhicule avec sérieux
La route des grandes alpes met à l’épreuve la mécanique. Montées longues, descentes appuyées, air plus rare en altitude : le matériel est sollicité. Avant de partir, quelques vérifications s’imposent :
- État des freins : plaquettes, disques, absence de vibrations
- Refroidissement : niveau de liquide, absence de fuite, ventilateur opérationnel
- Pneus : usure homogène, pression adaptée, gomme en bon état
- Direction et suspensions : aucun jeu anormal, amortisseurs efficaces
Un véhicule en ordre n’est pas seulement une garantie de sécurité, c’est aussi la condition pour apprécier la conduite. On conduit différemment quand on sait que les freins répondront dans la descente d’un col ou que le moteur ne surchauffera pas dans une rampe prolongée.
Anticiper la gestion de la fatigue
Conduire en montagne demande une attention constante. Les virages s’enchaînent, les changements de rythme sont fréquents, la lecture de la route est plus exigeante qu’en plaine. Pour éviter la fatigue excessive, il est utile de :
- Limiter la durée de conduite continue à 2 ou 3 heures maximum
- Multiplier les pauses, ne serait-ce que pour quelques minutes
- Partager le volant si plusieurs conducteurs sont présents
- Éviter les départs trop matinaux après une journée déjà bien remplie
La fatigue est d’autant plus insidieuse que les paysages sont beaux. L’œil se laisse distraire, l’esprit se relâche. Préserver sa lucidité, c’est accepter de s’arrêter régulièrement pour contempler le paysage depuis un belvédère plutôt que depuis le siège conducteur.
Adopter une conduite respectueuse des autres usagers
Sur la route des grandes alpes, la chaussée est souvent étroite, les bas-côtés réduits et la visibilité limitée. La coexistence entre voitures, motos, vélos et parfois camping-cars impose une conduite apaisée. Quelques réflexes simples permettent de préserver la fluidité :
- Garder une marge de sécurité dans les virages, surtout en descente
- Laisser de l’espace aux cyclistes, sans les serrer contre le bas-côté
- Utiliser les zones élargies pour se laisser dépasser si l’on roule plus lentement
- Éviter les accélérations brutales dans les villages et à proximité des habitations
| Situation | Attitude recommandée |
|---|---|
| Montée derrière un cycliste | Attendre une ligne droite dégagée pour dépasser largement |
| Descente avec trafic dense | Adapter sa vitesse, éviter les dépassements risqués |
| Traversée d’un village | Réduire la vitesse, respecter les piétons et les riverains |
Une fois ces bases posées, chacun peut adapter son parcours à ses envies, en modulant le rythme, les détours et les activités annexes.
Parcourir la route selon ses envies
En quête de performance ou de contemplation
La route des grandes alpes offre deux lectures possibles : celle du conducteur passionné, attentif aux trajectoires, aux appuis, aux relances, et celle du voyageur contemplatif, qui s’attarde sur les panoramas, les villages, les rencontres. Rien n’interdit de combiner les deux, mais il est utile de savoir ce que l’on recherche en priorité.
Pour une approche plus dynamique, on privilégiera :
- Des étapes plus courtes pour garder de la fraîcheur au volant
- Des horaires décalés pour éviter les heures les plus fréquentées
- Une voiture ou une moto bien réglée, avec un freinage irréprochable
Pour une approche plus contemplative, on misera sur :
- Des arrêts fréquents dans les villages et aux points de vue
- Des détours vers des lacs, des sites naturels ou des musées locaux
- Une organisation laissant la place à l’imprévu
Intégrer des randonnées et des pauses nature
Rester assis derrière un volant pendant plusieurs jours d’affilée serait une manière incomplète d’aborder la montagne. Intégrer de courtes randonnées permet de changer de rythme et de point de vue. Quelques heures de marche suffisent pour s’éloigner de la route, retrouver le silence et découvrir un lac ou un col à pied.
Dans la pratique, cela peut se traduire par :
- Une balade de 1 à 2 heures autour d’un col, pour admirer le panorama
- Une montée vers un refuge accessible, pour déjeuner ou prendre un café
- Une promenade dans les ruelles d’un village ancien
Composer avec les modes de transport
La route des grandes alpes n’est pas réservée à la voiture. La moto y trouve un terrain de jeu privilégié, avec une sensation accrue de liberté et de proximité avec le paysage. Le vélo, quant à lui, transforme l’itinéraire en défi sportif majeur. Les automobilistes doivent intégrer cette diversité et adapter leur conduite.
Pour ceux qui voyagent en voiture, il peut être intéressant de :
- Louer un vélo à la journée dans certaines vallées pour gravir un col emblématique
- Alterner journées de conduite et journées plus statiques
- Partager le volant pour que chacun profite du paysage côté passager
Une fois le style de voyage défini, reste à choisir le moment adéquat pour s’élancer, car la saison conditionne largement l’expérience.
Les meilleures périodes pour traverser les sommets
Comprendre la fenêtre d’ouverture des cols
Les cols de haute altitude ne sont pas accessibles toute l’année. En règle générale, ils ouvrent de mi-juin à mi-septembre, avec des variations selon les conditions d’enneigement et les travaux nécessaires. Les engins de déneigement doivent parfois affronter des murs de neige impressionnants avant de libérer la route.
Cette ouverture limitée confère à la route des grandes alpes un caractère saisonnier très marqué. Le voyage devient une sorte de rendez-vous avec l’été alpin, un moment où la montagne accepte de se laisser traverser.
La fenêtre idéale : fin juin – fin août
Pour maximiser ses chances de profiter de l’ensemble de l’itinéraire, la période la plus favorable se situe entre le 25 juin et le 25 août. Durant cette fenêtre :
- La majorité des cols sont dégagés de neige
- Les risques de fermeture pour cause de verglas sont plus faibles
- Les journées sont longues, ce qui facilite les étapes
Juillet et la première quinzaine d’août sont les plus fréquentées. On y trouve davantage de monde sur la route, mais aussi plus de services ouverts : hébergements, restaurants, activités annexes. Pour ceux qui privilégient la tranquillité, la fin juin et la fin août peuvent offrir un compromis intéressant.
| Période | Conditions moyennes | Fréquentation |
|---|---|---|
| Mi-juin – 25 juin | Cols parfois encore fermés, météo variable | Faible à moyenne |
| 25 juin – 25 août | Cols généralement ouverts, météo plus stable | Forte |
| Fin août – mi-septembre | Temps souvent agréable, mais risques croissants de perturbations | Moyenne |
Composer avec les aléas climatiques
Malgré toutes les prévisions, la montagne garde une part d’imprévisibilité. Un épisode neigeux tardif, un orage violent, un éboulement peuvent imposer de revoir son programme. Les fermetures ponctuelles de l’iseran ou du galibier pour cause d’éboulements rappellent que le risque zéro n’existe pas.
Pour limiter les déconvenues, il est utile de :
- Prévoir des itinéraires de repli dans les vallées
- Vérifier chaque matin l’état des cols auprès des offices de tourisme ou des sites spécialisés
- Accepter de modifier une étape plutôt que de forcer le passage
Ces contraintes saisonnières prennent tout leur sens lorsqu’on se penche sur l’histoire de cette route, née d’une volonté d’apprivoiser la montagne sans jamais totalement la domestiquer.
Histoire et patrimoine de la Route des Grandes Alpes
Une aventure d’ingénierie et de tourisme
La route des grandes alpes est d’abord une aventure d’ingénierie. À la fin du XIXe siècle, percer des routes dans des versants abrupts, franchir des cols à plus de 2 000 m, sécuriser les pentes instables relevait de la prouesse technique. Les travaux ont mobilisé des armées d’ouvriers, des savoir-faire de maçonnerie, de terrassement, de construction de ponts et de tunnels.
Avec l’essor de l’automobile, cette infrastructure a trouvé un nouvel usage : celui de vitrine touristique. Le touring club de france a compris très tôt le potentiel de ces routes pour attirer une clientèle curieuse de découvrir la montagne autrement. La route des grandes alpes est ainsi devenue un produit touristique structuré, avec cartes, guides et recommandations d’itinéraires.
Un patrimoine routier et paysager
Parcourir la route aujourd’hui, c’est aussi lire les traces de cette histoire. On y retrouve :
- Des ouvrages d’art anciens : ponts en pierre, murs de soutènement, tunnels étroits
- Des bornes, panneaux et stèles qui rappellent l’ouverture de certains cols
- Des villages qui ont adapté leur économie à ce flux saisonnier de voyageurs
Ce patrimoine n’est pas figé. Il évolue avec les normes de sécurité, les besoins de circulation et les attentes des visiteurs. Certains tronçons ont été élargis, d’autres sécurisés par des filets ou des galeries pare-avalanches. L’enjeu est de concilier préservation du caractère originel et sécurité moderne.
Une route miroir de notre rapport à la montagne
La route des grandes alpes raconte aussi notre rapport changeant à la montagne. Au départ, il s’agissait de dompter un espace perçu comme hostile, de le rendre accessible. Puis la montagne est devenue un lieu de villégiature, de loisirs, de sports. Aujourd’hui, elle est aussi un territoire où se posent des questions environnementales, énergétiques, climatiques.
Rouler sur cette route, c’est prendre conscience :
- De l’empreinte matérielle nécessaire pour maintenir ces infrastructures
- Des enjeux de sécurité face aux aléas naturels
- Des débats sur la place de la voiture en haute montagne
Parmi les vallées qui jalonnent cet itinéraire, certaines se distinguent par leur caractère plus sauvage et préservé. L’ubaye en fait partie et mérite que l’on s’y attarde.
Explorer l’Ubaye : un détour incontournable
Une vallée à l’écart des grands flux
La vallée de l’ubaye offre une parenthèse singulière au cœur de la route des grandes alpes. Moins connue que d’autres vallées alpines, elle a conservé un caractère plus discret, presque confidentiel. Les routes y sont sinueuses, les villages souvent perchés, l’ambiance plus intimiste.
Pour l’automobiliste, l’ubaye représente :
- Un détour apaisant loin des secteurs les plus fréquentés
- Un terrain de jeu routier riche en virages et en reliefs
- Une immersion dans une montagne plus sauvage
Cols, villages et paysages d’Ubaye
La vallée est entourée de cols qui structurent le paysage et les itinéraires. Sans les énumérer tous, on peut souligner que chacun d’eux offre un angle de vue différent sur la montagne. Les villages, souvent marqués par une architecture traditionnelle, témoignent d’une histoire faite de migrations, de commerce transalpin et d’adaptation à un milieu exigeant.
Le voyageur attentif remarquera :
- Des maisons anciennes aux toits pentus
- Des églises et chapelles souvent perchées
- Une présence forte de l’eau : torrents, rivières, lacs de retenue
Une expérience de conduite plus intime
Dans l’ubaye, la route se fait plus intime. On roule souvent à des vitesses modestes, non par contrainte mais par choix, pour mieux lire le relief, anticiper les virages et profiter du paysage. La voiture redevient un moyen d’exploration, loin de l’urgence et des lignes droites.
Ce détour est aussi l’occasion de s’arrêter plus longuement, de passer une nuit ou deux dans la vallée, de discuter avec les habitants, de comprendre comment la route des grandes alpes s’inscrit dans la vie quotidienne de ces territoires.
Une fois les détours choisis, reste à organiser la logistique essentielle du voyageur : les nuits, les haltes, les points de chute le long de l’itinéraire.
Trouver des hébergements sur la Route des Grandes Alpes
Anticiper les réservations en haute saison
Entre fin juin et fin août, la route des grandes alpes attire un public nombreux. Les hébergements situés dans les stations, les villages de vallée ou à proximité des cols peuvent afficher complet rapidement, surtout les week-ends. Anticiper ses réservations devient alors une nécessité, en particulier si l’on souhaite :
- Bénéficier d’un stationnement sécurisé pour la voiture ou la moto
- Profiter d’un départ matinal sans perte de temps
- Choisir des établissements au calme, à l’écart des axes principaux
Varier les types d’hébergement
La diversité des hébergements reflète la diversité des attentes. On trouve le long de l’itinéraire :
- Des hôtels de montagne, souvent situés dans les stations ou les grands villages
- Des chambres d’hôtes, plus intimistes, parfois dans des maisons anciennes
- Des gîtes ou locations, pratiques pour les séjours de plusieurs nuits
- Des campings, pour ceux qui voyagent en van ou avec tente
Choisir son hébergement, c’est aussi choisir son rythme de voyage. Une nuit en station permet de profiter des services (restaurants, commerces), tandis qu’un séjour dans un village reculé offre davantage de tranquillité et de contact avec le territoire.
| Type d’hébergement | Avantages | Points de vigilance |
|---|---|---|
| Hôtel | Confort, services, accueil tardif possible | Tarifs plus élevés en haute saison |
| Chambre d’hôtes | Contact humain, conseils locaux | Capacité limitée, réservation indispensable |
| Gîte / location | Autonomie, idéal pour plusieurs nuits | Arrivées souvent encadrées par des horaires précis |
| Camping | Souplesse, proximité de la nature | Dépendance à la météo, confort variable |
Penser à la logistique du stationnement
Le stationnement peut devenir un enjeu, notamment dans les villages aux rues étroites ou à proximité des sites très fréquentés. Avant de réserver, il est utile de vérifier :
- La présence d’un parking privé ou d’une place dédiée
- Les éventuelles contraintes d’accès (rues en sens unique, horaires)
- La possibilité de stationner une remorque ou un véhicule un peu plus long
Une fois les nuits organisées et le parcours accompli, le voyage ne s’arrête pas à la sortie de la montagne. Le retour vers le quotidien mérite lui aussi quelques précautions.
Après le voyage : conseils pour un retour tranquille
Laisser retomber le rythme
Après plusieurs jours à enchaîner les cols, les virages et les panoramas, le retour sur des routes plus banales peut surprendre. Le regard, habitué à scruter l’horizon pour anticiper un virage, doit se réadapter. Il est utile de prévoir une journée tampon avant de reprendre une activité professionnelle intense.
Cette phase permet de :
- Récupérer de la fatigue accumulée
- Mettre de l’ordre dans ses impressions, ses photos, ses notes
- Prendre du recul sur l’expérience vécue
Vérifier l’état du véhicule au retour
La montagne laisse parfois des traces sur la mécanique. Un contrôle au retour est une bonne habitude :
- Inspection des pneus : usure, éventuels chocs sur les flancs
- Vérification des freins : comportement, bruits anormaux
- Contrôle des niveaux (huile, liquide de refroidissement, frein)
Ce bilan est l’occasion de mesurer l’impact réel d’un tel voyage sur le véhicule et de planifier, si nécessaire, un entretien plus poussé.
Prolonger l’expérience autrement
La route des grandes alpes laisse rarement indifférent. Pour prolonger l’expérience, on peut :
- Revenir sur certains tronçons à une autre saison
- Explorer d’autres vallées ou routes de montagne
- Modifier son rapport à la conduite au quotidien, en conservant un peu de cette attention au paysage et de cette sobriété dans le rythme
Traverser les sommets au volant entre mai et octobre, c’est vivre une expérience qui dépasse largement la simple addition de kilomètres. C’est comprendre comment la route a sculpté la montagne autant qu’elle a été sculptée par elle, c’est éprouver la mécanique et les sens, c’est accepter de se laisser ralentir par le relief, la météo, les autres usagers. La route des grandes alpes propose un voyage où l’on conjugue plaisir de conduite, curiosité géographique et conscience des enjeux contemporains, le tout au fil d’un itinéraire qui reste, plus d’un siècle après sa création, l’un des plus beaux récits routiers de la montagne française.




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